
La mort est une bénédiction. Nous devons l'embrasser: dans notre fonctionnement habituel, elle n'est qu'un spectre, "insidieusement" présente, tenue à distance par diverses tensions; nous devons la toucher vraiment.
Personnellement, je me fous quasiment comme d'une guigne que la vie, ou la conscience, soient éternelles ou pas. C'est peut-être vrai, mais en aucun cas ça ne règle le problème de notre "ici et maintenant", ce ne sont que des échauffements spirituels. Ce qu'il y a est que je sais que ma vie finira, telle est la condition humaine. C'est une pression. Mais il y a un retournement total qui peut s'opérer au cœur de cette pression quasi-inconsciente. Parce que cette pression nous pousse à la concentration juste, au rassemblement du corps et de l'esprit, à une grande attention, à la vision sublime que notre vie n'a pas de sens "cosmique", et est dépourvue de but. S'ouvre bien sûr un grand vide. Dans notre pratique, il y a un apprivoisement de ce grand vide, nous le touchons, nous immergeons en sa saveur. La mort ouvre un espace, un espace d’infinie liberté, et confère toute la charge célébrative, poétique, non-dramatique de la vie dans l'instant, de notre activité, de notre participation. La mort, embrassée, nous coupe du devenir psychologique. La vie perd de son importance, et gagne en "préciosité". Lorsque la vie et la mort s'unissent, ici, dans le corps et l'esprit, ceux-ci peuvent alors générer une activité juste, créative, dans l'apaisement. Tous les projets sont possibles, mais ils prennent une dimension "ironique", au sens où c'est un jeu "pour rien", finalement perdu d'avance, pour la joie gratuite. La vie devient légère, et même notre tristesse, devant tel ou tel évènement, se vide de dramaturgie et devient l'expression de la joie.
Autrement dit, la mort embrassée est très proche de la vision de la vacuité, de la transparence des choses et de soi (et ne nie rien): le soi et les choses ne sont qu'une illusion, existent réellement en tant qu'illusion, et il devient inutile de réaliser l'éternité ontologique de quoi que ce soit.
Et ambrasser la mort, c'est aussi embrasser la souffrance...
Pour finir, je dirais que la mort, et notre rapport inconscient à elle, est la source de tous les karmas. L'embrasser totalement est se couper de tous les autres karmas, des résidus psychologiques, corporels, etc...
La mort est une bénédiction, et l'homme se libère par où il s'enchaînait...
Commentaires sur LA MORT
Merci pour cette ode à la mort, si belle si libératrice au-delà du mot tellement transparente et fluide.
Tellement la vie elle-même où aucun but, sens direction, destin ne peuvent s’inscrire dans le vivant, le mouvement , incompréhensible au mental.
Il s’agit bien là comme tu le disais à Daniel (si je ne trompe)…d’un « ressenti naturel d'un corps ou d'un univers qui justement n'est plus pensé, conçu...
Et cela se fait sentir lorsque les limites des choses commencent à se faire sentir "apparentes", floues, non fixées par la pensée... »
- C’est un laisser être où tout se fait et où les opinions, les croyances, les pensées s’écroulent quand à leur substance……vide et si pleine de leur propre sens dans le vécu…merci Monko!
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