09 novembre 2009
LE REEL
Réel / Iréel
Bonjour Monko ,
J'ai lu beaucoup d'écrits d'éveillés et "mon" mental ne peux que s'interroger sur les contradictions importantes d 'un auteur à l'autre.Une qui me semble flagrante est celle concernant le monde de la forme . Spira par exemple met en doute l'existence d 'un monde en dehors de la perception tandis que Krishnamurti prétend que le monde physique est bien réel . Certains affirment que tout est réel et sacré , je me sens plus en accord avec ce point de vue . Comment la conscience qui est réelle pourrait elle " engendrer " quelque chose d 'irréel ? Evidemment tout cela se sont des mots , des pensées . A ce propos certains disent que les pensées ne sont pas " nôtres " qu'elles nous traversent . Dans mon expérience je vois que j'arrive quand même ,sinon à les produire , à les provoquer et changer le flux , comme si il y avait quand même des pensées privées ? Merci d 'éclairer mon mental à ce sujet .
Bonjour,
En ce qui me concerne, je me garderais bien d'affirmer ou d'infirmer "absolument" ceci ou cela, tout n'étant qu'affaire de point de vue. La seule évidence est la Conscience, d'être Conscience. Suivant les colorations, les propensions de chacun, untel en viendra à dire que "mon évidence est de n'être rien", et tel autre "mon évidence est d'être tout". Ces 2 formulations pointent une et une seule "chose", l'ultime réalité. Bien sûr, le simple fait que la question de la réalité du monde de la forme se pose pointe le fait qu'elle n'est pas si évidente que cela. Mais cette question, et surtout le besoin d'avoir un avis ferme et définitif là-dessus, est un problème mental. Du point de vue de la Conscience, cette question meurt sur place car seule la Conscience est réelle, cela ne fait aucun doute lorsque, sciemment, on l'habite. Cela tend effectivement à mettre la réalité du monde sur un plan relatif. Par exemple, que devient le monde pendant le sommeil? Si je ne peux affirmer qu'il disparaît, je peux affirmer que je n'en ai pas l'expérience et que son existence ne peut être qu'une information de seconde main. D'autre part, si je deviens sourd, muet et aveugle, "ma" réalité du monde risque de se trouver bien différente...Autrement dit, la réalité "absolue" du monde ne pourrait être en fait qu'une pensée, alors que notre expérience sensorielle du monde est un fait. Même si je me cogne contre un arbre, à cet instant, la réalité est double: douleur, et, surtout, conscience de la douleur. Et sans Conscience, pas de douleur. Mais au moment de l'impact, il n'y a nulle pensée ou évidence d'un arbre (donc d'un monde) ou d'un corps (donc d'un moi). En fait, il n'y a que Conscience. C'est là-dessus qu'il faut que notre attention soit attirée. Au fond, le monde physique ne peut être ni infirmé (car nous n'avons pas les moyens d'en avoir un expérience directe) ni confirmée (car sans Conscience, pas de monde). Il ne sert à rien de s'enfermer dans un avis définitif...
Du fait que rien n'est sans la Conscience découle que tout est sacré car tout est Conscience. Mais j'attire ton attention sur le fait que cela non plus ne saurait être un dogme, car il est évident qu'une oeuvre d'art est plus à même de révéler notre beauté originelle qu'une assiette en carton; mais, totalement enraciné dans le Soi, un simple regard peut "sacraliser" cette assiette....Donc, rien n'est séparé. L'oeuvre d'art comme l'assiette SONT Conscience, même si l'un de ces deux objets est plus "imprégné" de Conscience et de beauté que l'autre. Mais sont-ils réels? Cette question soulève cette autre question: leur réalité est-elle séparée de Moi, qui Me sais bien réel? Le monde apparaît-il en-dehors de Moi? Même si on répond oui, on ne peut nier qu'une forte relation d'interdépendance existe entre le monde et moi. Si on creuse cette relation, où nous mène-t-elle? Quelle est la réalité immuable qui soutient cette relation, laquelle ne peut être absolue puisqu'elle n'existe plus pendant le sommeil? Qu'est-ce qui est vraiment réel, c'est-à-dire qui n'est pas lié à l'apparition et la disparition? Il faut convenir de bien s'entendre sur les concepts qu'on utilise. Car si un objet nous semble bien réel à l'instant où il apparait, qu'en est-il l'instant suivant? Bien souvent la situation nous apparaît n'avoir été qu'une sorte de songe, n'est-ce pas? De même, certains objets (l'arbre qui me rentre dans la figure) me semble plus réel que le son lointain de la circulation....Où est (ou qu'est) la vraie et éternelle réalité?
Quant aux pensées, mon expérience est qu'elles sont à la fois impersonnelles et privées. Il faut distinguer plusieurs sortes de pensées: les pensées fonctionnelles du genre "j'ai faim". Cette pensée, qui ne pose aucun problème, n'est pas une création personnelle et volontaire, mais liée à une réalité et fonctionnalité organique sur laquelle nous n'avons pas d'emprise. Néanmoins, si cette pensée est impersonnelle, c'est bien moi qui ai faim et pas toi, n'est-ce pas? Donc, si ce n'est pas vraiment "ma" pensée, c'est à moi qu'elle s'adresse... Il y a les pensées anarchiques, ignorantes, qui posent problèmes: elles sont liées à l'identification au moi qui a une histoire et cherche sans cesse à se protéger. Toutes les pensées émanant de cette entité, plus ou moins liées à la peur et au désir, sont vouées à la pérennité et la protection de leur source qui se trouve être la cause de notre souffrance. Encore une fois, alors identifié et ayant perdu ma liberté, ces pensées sont impersonnelles (je n'ai pas d'emprise sur elles) mais ce n'est pas à celui qui en a fini avec sa chimère du moi qu'elles apparaissent. Enfin, il y a les pensées qui "véhiculent" la Conscience, tournées vers la beauté, l'intelligence, l'harmonie. Bien entendu, non seulement ces pensées ne posent aucun problème, mais sont imprégnées et véhiculent la Joie d'où elles émanent. Il est clair que personne n'est à la source de ces pensées, mais elles révèlent, en se consumant, un Moi impersonnel, infini: elles ne proviennent pas d'un rien ou d'un vide sidéral; mais d'un Soi non-objectif, non connaissable, non perceptible, libre du temps et de l'espace, mais qui EST, cela ne fait aucun doute. Et bien entendu que la plupart de ces pensées changent les choses: certaines propagent la joie, certaines sont tournées vers l'efficacité, certaines renforcent notre souffrance...Une pensée peut changer énormément, mais seul le Soi change tout, car être enraciné dans le Soi, libre de toute intention, permet aux pensées fonctionnelles les plus adaptées d'apparaître, aux pensées anarchiques de ne plus apparaître ou de se consumer sur place, dans l'instant, et aux pensées harmonieuses d'emplir le monde d'amour... Sans la découverte du Soi, trifouiller les pensées ne peut avoir qu'une faible portée, qu'un effet très limité.
J'espère avoir contribué à quelques éclaircissements. Je reste disponible pour approfondir si tu le souhaites.
Amitiés.
07 novembre 2009
LA BONNE NOUVELLE aka VOUS N'ÊTES PAS UNE EXPERIENCE
Bonsoir Monko,
Touché du doigt encore aujourd'hui ce qui ne cesse de s'approfondir depuis quelques temps et qui est si bien résumé dans ton texte du 28 mars 2009, l'Invitation : "la Vie ne cesse de vous inviter à cette (SA) dimension à chaque instant. La Vie s'invite à la Vie sans cesse en vous. Alors il n'y a plus de règles, plus de restrictions. La Joie est infinie. Il n'y a plus de "moi", plus de "vous". Il n'y a que la Totalité sans cesse vivante, insaisissable."
La joie infinie, vécue par moments, donne à pressentir le miracle de ce que l'on est en droit d'appeler "la Bonne Nouvelle".
Merci
Amitiés
Gabriel
Bonjour Gabriel,
La bonne nouvelle fait suite, englobe et consume ce qui pourrait être au premier abord une mauvaise nouvelle: nous ne pouvons pas accéder à notre véritable nature, nous ne pouvons pas connaître la Conscience, l'individu pour qui je me prends ne peut accéder à la connaissance. De ce point de vue, il semble y avoir, ou plutôt la personne semble être dans une impasse. Mais la "voie directe", contrairement aux voies dites progressives qui partent de ce que nous ne sommes pas (un individu, un pratiquant, un pêcheur...) et n'en restent bien souvent qu'à "perfectionner" ce non-soi, nous annonce immédiatement ce qui est, ce que nous sommes: et nous ne sommes pas un individu (ou pas seulement) et il n'y a personne pour accéder à ce que nous sommes déjà de toute éternité: Conscience. Nous n'avons rien à faire pour aller de la Conscience à la Conscience. Dans notre "non-voie", le point de départ est le point d'arrivée, le voyage se fait sur place. Personne ni rien ne bouge, tout va et vient dans la parfaite immobilité que nous sommes, tout est expression de cette immobilité qui est au-delà du mouvement ou du non-mouvement, comme l'immobilité du ciel est au-delà du mouvement ou du non-mouvement des nuages. Le ciel en lui-même n'est pas immobile ou non-immobile ou mobile ou non-mobile, il EST, englobant tout ce qui est dépendant des 4 catégories sus-nommées. Telle est la Conscience.
Et la Conscience n'est pas une expérience, il est important de le comprendre. En tant qu'individu, nous avons l'habitude de fonctionner en terme d'expérience: de son point de vue, tout n'est qu'expérience (étant supposé par ignorance que le moi est l'expérimentateur), l'individu lui-même étant une expérience...qu'il faut faire pour le libérer. Faire l'expérience du moi est juste le voir et comprendre qu'il n'est que l'objet d'une expérience, un objet créé, impermanent, rien de plus. Ici, voir et comprendre n'est pas vraiment faire quelque chose, ce n'est pas une pratique: faire quelque chose, pratiquer ne serait que l'idée du moi. Voir et comprendre est juste être, sciemment, car voir et comprendre est notre véritable nature. Cette compréhension est suprême intelligence, au-delà de l'intellect...
Pour qu'une expérience "ordinaire" puisse avoir lieu, il faut une forme de séparation, de dualité, et apparaît même une triade (diraient les indiens) ou un triptyque (diraient les artistes) ou une triplette (diraient les boulistes de Belleville...sic): un expériementateur, l'objet de l'expérience et l'expérience elle-même (que dans les religions nous trouvons en tant que "Dieu-l'âme-le monde). En l'absence d'une telle séparation, nous ne pourrions parler d'expérience, n'est-ce-pas? C'est pourquoi ce terme ne peut être utilisé concernant la Conscience car elle ne peut être connue par un agent extérieur: elle ne peut être connue par le mental, le corps ou le monde. Cela ne veut pas dire qu'elle ne peut, d'une certaine manière, être connue, mais pour cela il faut totalement s'oublier, laisser se résorber Dieu-l'âme-le monde dans le Soi originel qui seul peut se connaître. Cela est la véritable connaissance, la seule. C'est pourquoi on parle plus d'une non-expérience, d'une a-perception et de cet instant un non-évènement. Mais nous ne sommes pas une expérience, nous sommes en amont de toute expérience qui ne peut apparaître que dans le temps et l'espace, eux-mêmes apparaissant dans le Soi qui est naturellement transcendance de tout cela (je ne parle pas ici d'une transcendance "mystique", qui en réalité ne partirait que de ce que nous ne sommes pas!).
Nous sommes!
Amitiés Gabriel
03 novembre 2009
PRATIQUE - DOUTES
Les doutes
Bonjour Monko,
dans la très belle vidéo d'un satsang (intitulée "Montre moi Dieu") donné par Papaji, celui-ci indique à un participant qui lui a fait cette demande que seuls ses doutes le limitent.
Par le biais de la parole et vraisemblablement du Darshan de Papaji, ce participant en vient à ne plus douter et à "voir Dieu".
Peux-tu éclaircir cet aspect, s'il te plaît ?
Si rien ne peut nous rapprocher de ce que nous sommes déjà (et pas plus la foi qu'autre chose), n'y a-t-il pas, sur ce point particulier, une "pratique" qui consisterait à déraciner - ou tout au moins à voir - nos doutes pour réaliser que nous n'avons jamais été séparé de notre véritable nature ?
Amicalement
Gabriel
Bonsoir Gabriel;
Sur la -ou les- pratiques tout d'abord; profondément, aucune pratique n'est à rejeter: si le yoga te touche, il est pour toi, il faut s'y abandonner. Idem si c'est le zazen, la prière, le don, etc... L'abandon (je ne conçois pas une pratique autrement que comme un abandon) à ce qui nous touche nous maintient au contact de ce qui est touché, d'une certaine manière, comme voir et toucher sa bien-aimée nous maintient vivement dans notre amour pour elle (et alors seul l'amour demeure). Mais l'on voit bien qu'il n'y a pas vraiment de pratique, au sens "actif", "externe" du terme. Une pratique ayant une visée, une intention, ne saurait que nous éloigner de ce que nous sommes car elle prendrait naissance dans ce que nous ne sommes pas: un pratiquant. Comment un pratiquant pourrait, par son activité, nous rapprocher de l'absolu non-pratiquant -de la pure tranquilité- que nous sommes? Toute pratique de cette sorte ne ferait que maintenir le pratiquant, le "je pratiquant". Dans l'abandon, la pratique est en fait célébration. Dans cette perspective, le mouvement (la pratique) porte en lui le parfum du non-mouvement (la non-pratique) dont il est issu, du silence qui le permet et nous le rend tangible.
Il n'y a qu'une seule solution pour déraciner les doutes, c'est voir la racine de ces doutes. Juste voir. Les doutes ne peuvent être vus et circoncis que par la certitude, notre évidence d'être, notre lumière intemporelle. Les doutes ne sont que des objets (pensées/sensations) qui apparaissent dans notre accueil originel. Ils sont la projection du "je" et de son histoire et de notre identification à eux. Nous "vivant" comme une fausse entité, comment pourrions-nous vivre dans la certitude, l'évidence? Donc, la seule et véritable pratique, c'est de voir et de comprendre. Il n'y a aucune autre solution. Certains diront: il faut aimer. Mais aimer est comprendre et comprendre est aimer: la compréhension est la dévote de sa propre réalité, notais-je dans un post (très) précédent... De cette compréhension naît une pratique forte et belle, la "célébration du célébrant", parfaite unité. Alors la méditation se médite toute seule, la prière se prie toute seule, le don se donne tout seul. C'est la beauté ultime de la vie. Il n'y a plus que Dieu: voir Dieu est être Dieu...
Bonne soirée Gabriel
Amitiés.
02 novembre 2009
DE L'ACCUEIL
Bien souvent, dans notre approche, nous sommes invités à accueillir tout ce qui se présente à nous. Cette invitation est l'occasion, entre autres choses, de pointer un aspect de notre fonctionnement qui est d'être fréquemment dans le refus, ou le choix, qui est bien souvent une autre modalité d'un même dynamisme...car le refus (ou l'accueil conditionné), contrairement à l'accueil dont nous allons parler, est un dynamisme, celui du moi qui n'est en fait que refus. Ce dynamisme prend racine dans l'identification à la pensée-racine "je", qui, ramenée au corps devient "je suis le corps" puis "je suis le corps qui a telle ou telle histoire"; et il implique un corps et un mental "extériorisés", tendus vers, privés de la globalité, du confort et de la tranquilité incréée de la Source. Je suis alors identifié à une entité illusoire séparée qui n'est que conditionnements. Tout ce qui se présente à moi est alors différent de moi et "traité" par ces conditionnements sans jamais avoir accès à la liberté, celle de se dévoiler totalement et se consumer totalement dans la paix du Soi. La seule rélité est alors le conflit; nous sommes dans un fonctionnement, forcément duel, au sein duquel aucune liberté n'est possible. L'accueil est alors compris par ce moi comme l'acte intentionnel d'accueillir, lequel moi n'accueille en fait rien...car au fond il est accueilli.
Voyons maintenant cette évidence: dans l'apparition même d'une pensée, sensation ou perception est inscrit l'accueil qui la permet. Tout dynamisme et tout refus, même, apparaissent dans l'accueil qui leur préexiste. L'accueil auquel nous faisons référence ici EST, en amont de toute intention, de tout dynamisme, de tout effort, de tout objet, du temps et de l'espace. Aussi n'y a-t-il rien à faire fondamentalement, rien à accueillir: tout est déjà accueilli, avant même que l'idée ne s'en présente, laquelle arrive après l'objet accueilli, et est elle-même accueillie. En fait, tout n'est qu'expression de cet accueil inconditionnel qui est la racine même de notre être. Tout n'apparaît que de l'accueil, par l'accueil, pour l'accueil. Seul l'accueil est. Il soutient l'univers entier, EST la nature originelle de toute chose. Cet accueil inconditionnel est amour: dans l'abandon conscient en Lui réside la grâce, EN Lui la Joie.
27 octobre 2009
IDENTIFICATION
Origine de l'identification
Bonsoir,
une question rarement posée, semble-t-il, dans les cercles de la non dualité (mais elle apparaît souvent dans la flux de "ma" pensée) : Qui s'identifie ?
Et les questions adjacentes : pourquoi le Soi s'est-il mis en tête (c'est le cas de le dire) de s'identifier à une pensée appelée "moi" ?
Il semblerait qu'il y ait eu un "bug" à un moment donné dans ce qu'on appelle la création. Un moment idiot (voulu?) ou l'humain serait sorti du paradis dans lequel il se trouvait, c'est à dire l'unité.
Bref : comment le Tout s'est-il un jour pris pour la partie, avec toutes les conséquences incalculables de souffrance que cela a généré ?
Peut-être n'y a t-il pas de réponse évidente...
Cordialement
Gabriel
Bonsoir Gabriel;
Ce n'est pas qu'il n'y a pas de réponse (à la question "qui s'identifie"), mais je te propose ceci: dès lors que le phénomène d'identification est vu, il l'est à partir de notre liberté que nous habitons alors. Habite-là sciemment. Dès lors, qu'a-t-on à faire de savoir les mécanismes de ce qui ne nous intéresse plus ou que l'on a quitté? Cette question ne peut plus avoir un caractère "existentiel", mais peut trouver son intérêt dans la joie de l'exploration, pour elle-même...Cela étant dit, jouons à cette exploration...
Il n'y a personne pour s'identifier et personne à qui s'identifier, c'est pourquoi l'on parle d'illusion (du moi, personnel et séparé). Le Soi ne peut jamais vraiment être identifié, même si toute identification n'en est pas séparée. Le Soi est, de toute éternité, libre de ce qui va et vient en lui, et ce qui va et vient en lui n'est pas différent de Lui. Et parfois vient la pensé "je", qui n'est pas du tout une erreur de la nature. Cette pensée-racine est totalement impersonnelle, elle s'est pensée toute seule et traduit l'évidence d'être (Je suis). Son meilleur destin est de retourner au Soi, ce qu'elle fait lors de l'endormissement par exemple, mais également à beaucoup de moments de la période de veille, si nous sommes attentifs ET intéressés (ET informés, ce qui est nécessaire pour la plupart d'entre nous). Mais en même temps, cette pensée impersonnelle est la mère de toutes les autres pensées si nous la saisissons. Cette saisie est à la fois mentale et corporelle: mentale car apparaît la pensée-seconde "je suis ce "je", et le corps saisit ce sentiment "je" "sensoriellement", littéralement dans un mouvement vers, et la pensée "je suis ce corps et ce mental" apparaît alors, pas forcément formulée bien sûr, mais comme une impression quasi-inconsciente et très prégnante. Cette identification est un subtil mélange de conditionnement, de passivité, de manque d'intérêt, d'une mauvaise habitude, d'ignorance... Tu sembles dire que le Soi s'identifie à la pensée "moi", donc je te dis oui et non; oui car rien n'est séparé du Soi, rien n'est tout court en dehors du Soi, et non car le Soi, l'être, est toujours ici et maintenant libre. Mais effectivement, dans notre vécu, on sent bien la différence entre une vie libre et une vie identifiée, limitée, attachée... Tous les témoignages des sages concordent: "j'ai toujours été libre, il n'y a jamais eu personne..."
Donc il n'y a pas de bug dans la création pour la simple raison qu'il n'y a pas vraiment de création, de création d'entités pensantes et agissantes, autonomes et séparées. Tout est Conscience et c'est tout ce qu'il y a à découvrir. Mais ta question même présupose le présentiment de ta liberté "foncière", et c'est bien cela l'essentiel.
Cher Gabriel, j'espère sincèrement avoir contribué à quelques éclaircissements; sinon, on y revient!
Amitiés
26 octobre 2009
LA CONSCIENCE (et le penseur; réponse à un ami...)
The Big Sleep
Bonjour Monko,
Dans le sommeil profond il n'y a ni pensées ni penseur, pourtant tu le décris comme un intervalle de conscience pure. Que faut il entendre par conscience pure ? et qui expérimente cette conscience puisqu'il n'y a plus de penseur ?
Amitiés
Revest
Bonsoir Revest;
Tout d'abord, il n'y a tout simplement pas de penseur du tout, de penseur séparé, c'est l'essentiel de ce qu'il y a à découvrir. Le penseur n'est qu'une pensée; l'illusion d'un penseur provient d'une pensée qui s'est pensée toute seule: la pensée "je" à laquelle une identification se fait, faisant de ce "je" impersonnel un moi personnel qui est un dynamisme incluant corps et mental, c'est-à-dire qu'à partir de cette identification s'élève tout un monde mental et sensoriel (et un monde extérieur) entièrement voué à la confirmation et la survie de ce moi. Ce monde est une formidable tension, il nécessite un effort permanent pour être maintenu. Mais bien sûr, l'absence de toute identification (de l'illusion d'être un penseur ou un acteur) ne signifie pas qu'il y aura absence de pensées, d'actions. Mais elles seront l'expression de l'intelligence, de la beauté, etc... et ne seront absolument pas vécues comme personnelles et limitantes...
Cette parenthèse étant fermée, peux-tu m'affirmer que tu n'es pas, ou qu'il y a des moments où tu n'existes pas? Ton existence n'est-elle pas une continuité, une "continuité sans cesse présente", un incessant ici et maintenant? Malgré les apparences, perçois-tu le sommeil comme une "coupure d'être"? On se sait être durant le sommeil, qui n'est pas un état différent ou spécial. Simplement, il y a absence de pensée; mais le penseur n'est pas là non plus pendant la veille, et on se sait être aussi. Donc ce n'est pas la pensée qui perçoit la Conscience ou l'être, ni qui perçoit tout court ou qui "expérimente" quoi que ce soit. La pensée ne vit rien, mais est vécue. La Conscience pure est cette permanence-présence que tu te sais être, laquelle n'est pas assujettie aux états comme la veille, le rêve ou le sommeil. Le sommeil en tant qu'état n'existe que pour certaines fonctions du corps-mental, mais pas du tout pour ton être réel qui demeure inaffecté par ce qui va et vient. Bien sûr, il n'y a donc pas "d'intervalle" de conscience pure, mais des instants ou intervalles d'absence de pensée ou sensation ou perception. Alors il y a "sensation" de liberté (c'est en général dans la joie que le sommeil est accueilli); mais avec la claire vision et une certaine forme de mâturité, cette liberté demeure malgré la présence des pensées ou sensations ou perceptions, à tel point bientôt qu'elles ne sont plus vécues comme différentes de notre tranquillité, de notre Soi. Elles n'en sont que le prolongement. Alors tout est Conscience, la seule réalité qui est son propre connaisseur. Seule la Conscience connaît, et il n'y a rien d'autre à connaître. Il n'y a aucun agent extérieur à la Conscience. Le penseur n'était qu'un accident, une mauvaise habitude.
A bientôt Revest
Amitiés.
24 octobre 2009
CE QUE NOUS SOMMES
Mystère
Bonjour Monko,
pourrais tu en dire un peu plus sur ces "instants sans sensation, sans pensée, sans perception" et aussi sur "cette bienheureuse vacance consciente, qui se sait être, et en laquelle il est naturellement vu qu'il n'est personne pour être".
Bonjour Revest;
On pourrait explorer 2 aspects concernant ces instants sur lesquels tu me questionnes. Sur le plan objectif, sur le plan du corps-mental auquel nous sommes si souvent identifiés, nous passons sans cesse d'un état à l'autre, d'une pensée à l'autre, d'une sensation à l'autre...croit-on. Car en réalité nous allons sans cesse de pensée en absence de pensée, de sensation en absence de sensation, d'état en absence d'état. Toujours du point de vue objectif, relatif, l'espace d'absence d'objet le plus évident est le sommeil. Du point de vue des états, le sommeil est l'état sans pensée (sans penseur), sans sensation, sans perception, un "intervalle de Conscience pure". Cet intervalle a une saveur très particulière, et c'est en sa compagnie que s'effectue la joie du réveil le matin, avant la survenue de tout autre objet. Aussi l'état de sommeil profond a-t-il une grande valeur du point de vue de la recherche ou de l'approche, car cette saveur pourra être retrouvée, ou pourra se révéler ici et là pendant l'état de veille. C'est notre manque d'attention et d'intérêt, et notre identification à ce qui apparaît, qui occultent la révélation de ces instants ou intervalles "vides" (de pensées, etc...), fenêtres sur l'état sans état qui est l'arrière-plan constant de toutes nos expériences.
Mais bientôt, nous découvrons que ces fenêtres n'en sont en fait pas, que ces instants "dans le temps" sont en fait l'intemporel qui seul est réel, brille de lui-même et qui n'est pas une pensée, une sensation ou une perception et n'a pas besoin d'agent extérieur pour se savoir être. Il est l'Être et la connaissance de l'Être. Ainsi, en quelque sorte, nous nous trouvons libérés de l'expérience, libérés des allées et venues, totalement uns avec une non-expérience permanente et vivante de non-pensée, de non-sensation, de vacuité, et de conscience. L'état sans pensée est un continuum sans cesse présent en lequel différentes pensées vont et viennent, vues comme un mouvement à la surface de notre tranquillité...
Continuons cette exploration bientôt si tu le souhaites
Amitiés
21 octobre 2009
LA VOIE DE L'EXPLORATION SENSORIELLE / SUR L'ATTENTION... réponse à un ami
avec Rupert Spira
"Cependant, si toutes nos pensées sont en accord avec la nature non duelle de l'expérience et que nous continuons à sentir en termes d'entité séparée, lorsque les sensations corporelles et les sentiments sont présents, il y a conflit."
Rupert Spira.
ou bien avec Monko :
"L'existence du monde objectif séparé n'est finalement qu'une pensée, accompagnée d'une sensation, d'une tension; qu'un dynamisme qui est celui qui maintient l'égo en moi, l'image d'une existence séparée..."
Monko,
Je te lis et je te relis et je me sens intellectuellement et de tout coeur en communion.
Il y a beaucoup de vidéos qui circulent en ce moment d'hommes et de femmes qui témoignent avec bonheur de la vie non-duelle. Des témoignages avec lesquels je me sens aussi tout à fait en communion...
Pourtant, ce conflit pointé par R.Spira ou cette tension persistante pointé par Monko n'est ce pas le signe d'une poche de résistance ?
Quelque part , une résistance à "l'évidence" qui pourrait se situer au niveau physique ?
( juste un pensée de plus !!!)
Il y a donc cette connaissance, cette évidence: "je ne suis pas séparé" et pourtant.."je sens que je suis éparé..."
Néanmoins dans cette optique , R.Spira recommande :
" explorez vos sensations, regardez s'il existe quelque évidence de séparation."
Cette invitation à explorer les sensations est alléchante mais n'est ce pas le piège de rajouter une tension de plus, "une tension pour" ???
Il y a, semble-t-il, comme un cercle vicieux : porter l'attention sur un objet ( sensation, pensée ou tout autre )va renforcer l'objet et in versement le simple fait de relâcher l'attention
va permettre à l'objet de tirer sa révérence, de se résorber ....
Si le corps ou certaines pensées sont encore persistantes cela voudrait donc dire que je porte mon attention "sur" ou que ces pensées exercent encore une certaine fascination sur mon attention ?
Merci Monko, si tu peux m'éclairer ...
de tout coeur
Jean-Claude
Bonjour Jean-Claude; il y a beaucoup d'éléments dans ta question... Je considère et suggère, avec Rupert, que rien ne soit laissé sur le bord de la route dans "notre" approche, du moins tant que l'on considère et que l'on fonctionne en terme d'approche. Aussi, dans ce sens, tous les aspects de notre expérience (pensée/sensation/perception = mental/corps/monde) doivent être intégrés, englobés sciemment dans notre méditation, notre attention originelle, notre intelligence, notre détachement bienveillant. Et effectivement, si notre pensée n'est pas en harmonie avec la sensorialité, autrement dit si le mental dit autre chose que le corps, il y a conflit, celui que tu exprimes par: "je me sais non séparé, mais je me sens séparé". Et ce conflit est souffrance... Maintenant, à cette "approche", je rajoute cet élément: explore les instants sans sensation, sans pensée, sans perception. Au début, ces instants sont objectifs, en ce sens que l'objet de ces instants est justement l'absence d'objet. Mais néanmoins, notre silence conscient pointe de manière plus évidente, au début, à la faveur de ces instants, qui en fait n'en sont pas, mais sont l'éternelle Conscience pure, sans objet. A un moment, à la faveur de ces instants reconnus pour ce qu'ils sont, les pensées/sensations/ perceptions sont accueillies à partir de ce silence, de cette bienheureuse vacance consciente, qui se sait être, et en laquelle il est naturellement vu qu'il n'est personne pour être. Et petit-à-petit, ces instants ne sont plus des parenthèses "temporelles", mais la règle, notre réalité au-delà du temps car en eux (en Lui) apparaissent l'espace et le temps...
Le principal intérêt des pensées/sensations/perceptions, pédagogiquement, est de pointer notre état sans état, notre état sans pensées/sensations/perceptions, notre état naturel, non-objectif. Alors bien sûr, dans un premier temps, il peut être (et je dis bien "peut") utile et intéressant d'explorer le monde mental et sensoriel, de pointer nos restrictions et leurs manifestations dans le corps et/ou le mental, de comprendre à travers eux tous nos mécanismes de défense, etc... Le danger est que la plongée dans ces mondes peut être si profonde et subtile qu'elle peut être sans fin, et l'on ajourne alors l'instant de la révélation, de la Compréhension: qu'il n'y a personne à qui quoi que ce soit arrive, et que rien n'arrive vraiment. Autrement dit, l'intérêt majeur de la sensation est de pointer la connaissance qu'il n'y a personne pour ressentir, pour penser, pour percevoir. Si cela est vu et compris, il est également vu et compris que tout n'est que prolongation de notre silence et plus rien ne peut vraiment déranger, on ne cherche ou souhaite tout simplement plus que ceci ou cela reste ou parte, l'intérêt qui était porté à ce qui peut être persistant se relâche. Certaines sensations ou pensées pourront persister encore, mais il n'y a plus personne pour prêter intérêt à cela. Et bien sûr, la chute de cet intérêt, de notre implication est LA condition pour que ce qui est persistant se relâche à son tour...
Alors, l'exploration de la sensation peut continuer, mais pas pour un autre but que la joie de l'exploration, la célébration.
Cher Jean-Claude, tout cela est important, n'hésite pas à me solliciter à nouveau.
Amitiés.
PS: à l'instant où la sensation s'élève, vois que tu es la liberté et la clairvoyance au sein de la sensation, comme tu es la liberté et la clairvoyance au sein de l'activité. On le dit aussi en pointant que sensation et activité s'élèvent dans notre liberté qui ne saurait être ni une sensation, ni une pensée ni une perception. Tu es cette absence vivante, éveillée, présente.
16 octobre 2009
UNE FORMULATION SUR LA SOUFFRANCE (entre autres...)
Le sage ermite, dont on dit qu'il s'est retiré du monde, est en fait, d'une certaine manière, bien plus "dans" le monde que l'homme du commun, gouverné par l'ignorance, qui, par son identification à une partie objective, indépendante (... de quoi?), imaginaire et séparée s'est retiré du monde. Et un tel homme souffre car à partir de cette partie retirée, le je ou le moi qu'il revendique comme étant son vrai soi-même, il veut réintégrer le monde, et pour cela ne fait que lui surimposer (et imposer) une vision, entièrement liée au moi, à son histoire, à ses peurs, ses désirs, un monde tel qu'il le veut et non tel qu'il est. Et ce qui devrait être et ce qui est sont en opposition, en conflit, sans espoir d'unité. La souffrance apparaît inévitablement, laquelle est imputée aux autres, au monde et non à la vision erronée qui est à la base de tout ce mécanisme. Un tel homme se veut "du" monde, mais n'est pas vraiment "dans" le monde...
Le sage n'est plus personne, son Soi n'est plus une image, une fantasmagorie, une histoire, une partie, un objet. Aussi n'est-il plus "du" monde, bien que continuant à vivre "dans" le monde, dans le monde tel qu'il est. Et ce monde est parfait, car expression de la perfection. Cela ne signifie pas que le monde correspond à ce que "je" voudrais, mais qu'il est tel qu'il doit être, au-delà de toute attente, de toute implication, de tout désir, de toute dépendance... Ceci satisfait celui qui n'entretient plus aucune image ou idée de soi-même, ni aucune idée des choses qui ne sont alors qu'une prolongation de son Soi, de l'Être. Alors on est naturellement un avec ce qui est, sans conflit, sans souffrance, et la joie d'être sans cause seule règne.
L'autre versant de cette formulation est que sans le "je", il n'y a pas de monde. Pour le sage, "celui qui EST sans être", il y a perception: c'est le monde. Il y a sensation: c'est le corps. Il y a pensée: c'est le mental. Mais tout ceci ne saurait être formulé: ce ne serait qu'une pensée de plus. Voilà pourquoi l'on dit que dans le Soi, il n'y a ni perception ni sensation ni pensée: car il n'y a personne pour faire l'expérience de tout cela. Mais il y a mouvement, le mouvement de la vie; néanmoins la seule réalité est la Conscience pure, infinie, immuable, au-delà du mouvement et du non-mouvement, de tout concept ou percept. Et c'est cette Conscience qui permet le mouvement, sans jamais en être affectée...
10 octobre 2009
L'EVEIL- PROGRESSIF OU ABRUPT.... réponse à une amie
Ce que "je" remarque, n'est pas que je m'éveille doucement, mais plus une démantèlement progressif du mental ...une sensation plus légère...je remarque quand je me retrouve au beau milieu de mon histoire et une fois observé, ça se calme......des fois, je remarque que je ne suis pas Dans la pièce, mais que je Suis la pièce en quelque sorte....que les sons que j'entends au loin, se passent à l'intérieur de moi...ne sont pas loin.
ceci, pour moi est progressif, mais ce n'est pas moi qui m'éveille, même si "mon" ego aime bien le dire, par habitude, mais plus que mon ego se dissoute petit à petit.
Et-ce plus juste de le voir ainsi?
bises
Shandy
Bonsoir Shandora, d'entrée je te fais une petite remarque: lorsque tu dis que parfois tu n'es pas dans la pièce mais que tu es la pièce, ou que les sons apparaissent en toi, tout ceci n'a rien de progressif. Cette vision est totalement abrupte, c'est-à-dire ici et maintenant, au-delà du temps, une vision totalement déconnectée d'une quelconque histoire. Cette vision s'accompagne d'une compréhension; c'est l'intelligence impersonnelle qui s'invite et, effectivement, il n'y a personne pour s'éveiller, personne pour comprendre, pour voir.
En ce qui concerne le mental, je dirais qu'il se tourne de plus en plus naturellement, sans effort vers la Source, vers la Conscience, ayant vu que son bonheur ne dépend pas de son activité, des objets de pensées, dans son "extériorisation", la saisie du monde... Il se tourne vers l'intérieur...et voit qu'il n'y a rien vers quoi se tourner, qu'en l'absence d'activités liées au "je", en l'absence de désirs, de peurs, il est lui-même le Soi. Tant que le mental croit qu'il y a quelque chose vers quoi se tourner, il est dans le temps, dans la dualité, dans la sensation de progression. A un moment, une saisie se fait, totalement impersonnelle: il n'y a que le Soi, et la nature du mental n'est pas autre chose que le Soi. Ceci ne peut être qu'abrupt car c'est la seule solution qu'à le Soi de se dévoiler. On EST ou on n'est pas, si tu veux, il n'y a pas d'intermédiaire. Etre dans un processus de purification, ou croire que ce processus est totalement nécessaire pour la compréhension est une vue liée à l'égo qui en profite pour se maintenir. Mais lorsque la compréhension survient, par exemple lorsque tu te vois être la pièce et non dans la pièce, il n'y a tout simplement pas d'égo, à cet instant précis. Aussi n'a-t-il pas à se dissoudre car en fait il n'est pas. Penser que l'égo doit se dissoudre n'est qu'une vision de l'égo, un mécanisme de défense contre l'imminence du dévoilement de l'être qui détruira l'illusion de son règne...
Bonsoir Shandora
Amitiés.